DESSINPORTRAIT

DESSINS ET PORTRAITS DE THIERRY CHIAPPARELLI : LE RÉEL SUBLIMÉ

Il me tenait à cœur depuis longtemps de faire vivre ce blog autrement. Donner la parole à des artistes est une chose essentielle qui permet de créer du lien, d’aller à la rencontre de dessins ou de toiles, de faire vivre des œuvres après leur création. Dans n’importe quelle discipline artistique, apprendre ne se résume pas à un simple cours de dessin. L’observation, la curiosité,  la découverte de nouvelles manières de créer, sont essentielles et influent directement sur notre inspiration et notre créativité. Vous découvrirez à travers cette interview que notre invité est bien plus qu’un simple portraitiste essayant de copier une image de la manière la plus réaliste possible. Son vécu, ses influences, son goût pour les histoires l’ont amené à ce qu’il fait aujourd’hui. Rencontre avec l’artiste et portraitiste Thierry Chiapparelli…

Bonjour Thierry, tout d’abord ravi de vous recevoir. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de dessin-creation.com ?

Je pourrais commencer par  » il était une fois » car la première fois que j’ai gagné un peu d’argent de poche, vers l’âge de douze ans, c’est en peignant sur la vitrine d’un coiffeur de mon quartier. J’avais aussi pour modèle mon frère aîné qui dessinait beaucoup et qui pratiquait la peinture, alors que ma tête ne dépassait pas sa table à dessin. J’étais stupéfait par ses réalisations.

J’habitais non loin du musée Matisse à Nice et j’ai découvert le travail de Jean-Baptiste Tiepolo (un artiste rococo du XVIII siècle) lors d’une exposition temporaire. J’étais émerveillé comme un ado de 15 ans devant sa première mobylette, et là j’ai compris quel métier je voulais faire, puis j’ai enchaîné un parcours d’étudiant classique, lycée, école de préparation en arts plastiques, puis école d’art, avec notamment pour professeur de dessin Patrice Giuge et Michel Houssin.

J’ai obtenu un DNAP puis un DNSEP à la Villa Arson de Nice en 1994 et j’ai été l’assistant de Bernard Pagès et Noël Dolla, tous deux membres historiques du groupe support Surface, ainsi que dessinateur pour l’architecte Marc Barani. J’ai également participé à la réalisation de nombreuses œuvres pour Philippe Ramette, Arnaud Labelle Rojoux, Jacques Julien, Stéphane Magnin,Pascal Pinaud, Claude Lévèque pour n’en citer que quelques-uns et participer à de nombreux montages d’expositions de Warhol en passant par Morizzio Nanucci ou bien Elaine Sturtevant… etc.

Parallèlement, j’ai commencé à enseigner le modelage/ moulage à la Villa Arson, j’avais alors 25 ans, et plus tard j’ai monté un atelier de métal au sein de l’atelier sculpture par goût pour cette matière et depuis je l’enseigne quotidiennement aux étudiants, j’ai maintenant 44 ans.

portrait de corbeau noir dessiné par thierry chiapparelli

Gabriil Bogdanov, corbeau noir, 2013 crayon sur papier 72 x 55 cm-copyright-Thierry Chiapparelli-Tous droits réservés

 

Vos dessins sont chargés d’histoire… Comment choisissez-vous vos sujets et la façon de les traiter ?

Dessiner des portraits aujourd’hui, dans ce vaste champ qu’est l’art contemporain, n’est pas chose anodine, revenir à la figure, avoir un sujet,  » faire le portrait de…. », ce n’est pas une position facile à défendre, certains pourraient y voir une position réactionnaire face aux multiples facettes que l’art moderne, puis l’art contemporain, nous a donné à voir à travers l’histoire jusqu’à Marcel Duchamp, mais je crois, comme certains disent, qu’après lui tout est possible.

J’ai choisi le dessin, d’abord comme moyen économique : du papier, un simple crayon, une gomme, en essayant de ne pas déployer une artillerie lourde pour essayer de transmettre quelque chose, tenter de revenir à l’essentiel, loin de tout artifice.

Ce goût pour les photos anciennes, à la base de presque tous mes dessins

« chargés d’histoire » comme vous dites, me vient certainement de mon père, aujourd’hui décédé, qui avait plaisir à regarder beaucoup de documentaires sur les deux grandes guerres.

Ces images, en noir et blanc, sont restées gravées dans ma mémoire.

Symboliquement, ces images du passé sont fortes, chargées d’émotions et c’est pour ça que je les choisies pour mes dessins, il y a une histoire derrière chaque portrait, chaque scène, on se dit :  » c’était la réalité ça ?

Le dessin se révèle comme la photographie dans son bain, on le fait monter, on force les contrastes, la relation s’établit naturellement, et je stoppe le dessin quand à mes yeux chaque ligne, chaque point trouve sa place.

Si vous pouviez comparer mes dessins et les photographies qui en sont à l’origine, certains accidents apparaissent,( taches, traces, éraflures…….), ces accidents je ne les rejette pas, au contraire je les utilise comme autant de signes possibles pour amener de la vie, jusqu’à trouver le bon équilibre et tenter de sortir de l’image plane pour en faire une véritable peinture.

 

Vous travaillez beaucoup d’après photos. Pourquoi avoir choisi cette voie ?

Bien sûr, on peut croquer d’après nature, c’est un excellent exercice pour acquérir de bonnes bases en dessin, cela fait appel à la mémoire, j’ai passé de longues séances à faire cet apprentissage que ce soit dans la rue, un bar ou bien devant un nu, à tenter d’attraper la posture d’un animal par exemple, mais la photo me permet de creuser plus en profondeur, d’ailleurs je ne pourrais pas demander à quelqu’un de poser autant de temps qu’il me faudrait pour arriver à ce que je veux… L’avantage c’est que le modèle ne râle pas et si j’ai envie de dessiner la nuit, je n’ai pas besoin de le réveiller (rire).

La plupart des photos que j’utilise, je les glane sur internet ou dans des magazines, certains m’en offrent, connaissant mon goût pour les vieilles photos, et c’est amusant parfois, par exemple sur le net, de trouver plusieurs fois la même image avec des qualités complètement différentes.

Je crois que ce qui m’intéresse réellement, c’est l’espace qui existe dans la relation photographe/sujet puis sujet/spectateur, cet espace c’est le temps, le temps que l’on met pour dessiner, cette dimension que l’on n’a pas dans la photographie qui, elle, est faite d’un instantané, un simple « clic ».

 

Quels liens faites-vous entre votre travail en sculpture (abstrait) et l’univers figuratif et photoréaliste de vos dessins?

La plupart des sculptures sont issues d’un travail en collaboration avec deux autres artiste (Stéphane Magnin et Emilie Maltaverne) et ne sont pas si abstraites que ça, on pourrait dire qu’il s’agit de mobilier-sculpture, toutes des pièces uniques, que nous avons eu l’occasion de montrer soit dans des expositions dites d’art contemporain, soit dans des expositions plutôt orientées vers le design.

Il s’agit pour nous de revisiter du mobilier, table, chaise, banc etc avec des principes plutôt sculpturaux. Là encore, nous essayons plutôt d’échapper à l’image que l’on pourrait s’en faire en utilisant un vocabulaire propre à la sculpture.

Disons que ma pratique est pluridisciplinaire et dans un cas elle est faite d’échanges, d’enrichissement mutuel, et de l’autre, elle est plus introspective, plus cérébrale, de cette manière j’y trouve un équilibre qui me convient parfaitement.

 

Quelles sont vos influences ou les gens dont vous appréciez particulièrement le travail ?

Oh! La liste est longue… Je peux apprécier le travail d’artistes dont la pratique n’a rien à voir avec la mienne comme Bill Viola, Ange Leccia ou Jeff Wall. Je dirais que pour la sculpture j’apprécie particulièrement ce que l’on appelait dans les années 80  » la nouvelle sculpture anglaise  » : Anthony Caro, Bill Woodrow, Tony Cragg, Bary Flanagan, Richard Deacon etc. Mais j’apprécie également le travail d’artiste pour la pratique du dessin comme Jean Olivier Hucleux, Chuck Close, Michel Houssin, William Kentridge, Robert Longo, et en peinture j’aime particulièrement Peter Doig et Edward Hopper. Vous voyez, mes goûts sont très éclectiques, et pour finir j’aimerais citer une oeuvre à mes yeux majeure : « le piano à queue », de Joseph Beuys.

J’aimerais en citer d’avantage mais ça risque d’être ennuyeux tant il y a d’œuvres ou d’artistes que j’admire ou que je déteste.

comment dessiner un portrait sublime par thierry chiapparelli

Navaho Medecine Man, 2013 D’après une photographie de Edward Sheriff Curtis 1913 crayon sur papier 72 x 55 cm-copyright-Thierry Chiapparelli-Tous droits réservés

 

Parlons un peu technique : pouvez-vous nous en dire plus sur les différentes étapes de création de l’un de vos portraits?

Je ne dessine jamais sans musique, ça m’aide à me concentrer.

D’abord je dirais que le choix du papier est super important, en général du Canson plutôt épais au moins 280/ 300 grammes, sa couleur aussi, j’évite les papiers jaune pisseux, ça donne une espèce de mélancolie au dessin que je n’aime pas.

Mes crayons : des Faber-Castell, toute la gamme du 6H au 9 B, gommes Staedtler que parfois je retaille au cutter, des estompes faites de bouts de papier, voire du papier à poncer très fin pour retrouver de la profondeur quand mes noirs sont bouchés.

Je travaille à la verticale, soit au mur, soit sur chevalet, cela me permet de prendre du recul, il faut que le dessin puisse fonctionner de près comme de loin.

J’ai un petit bout de bois que je glisse à la manière des anciens, qui me sert d’appui-main. Une fois que la mise en place est faite (la construction est très importante), je pose des valeurs de gris sur toute la feuille, parfois très vite, souvent avec un fusain et un chiffon. Là parfois je perds la construction alors je reconstruis à coups de gomme. De là s’engage une sacrée bataille qui peut parfois durer plus d’un mois pour des journées de six à huit heures.

A un moment fatidique, soit ça passe, soit ça casse, si ça ne me convient pas je déchire et je recommence ou j’abandonne. C’est assez violent quand ça arrive mais il faut savoir faire ce choix, c’est primordial !

Mais quand la magie opère, c’est purement fantastique, il faut aller au bout et ne pas s’arrêter en chemin, il ne faut pas rester à la surface mais creuser, c’est souvent le problème des débutants, il faut oser, quitte à tout casser!

les portraits magnifiques de thierry chiapparelli

Rosalinda, 2012-2013 D’après une photographie de Manny Librodo J.R crayon sur papier 72 x 55 cm – copyright – Thierry Chiapparelli – Tous Droits réservés.

Utilisez-vous des techniques de reproduction type mise au carreau ?

Pour gagner du temps et surtout pour régler des problèmes d’échelle, j’utilise un épiscope, méthode plus moderne et moins chronophage.

Malgré tout, ça ne règle pas tout les problèmes, il faut bien garder à l’esprit que la construction du dessin se corrige jusqu’à sa phase finale.

 

Quels conseils donneriez-vous aux débutants en dessin ?

Sans vouloir paraître présomptueux, je dirais qu’il faut savoir dépasser ses limites, toujours tout remettre en cause, sa technique justement et ses convictions.

La technique n’est pas une fin en soi, mais il faut la maîtriser pour la dépasser.

Picasso ou Matisse par exemple, je ne sais pas par quel miracle, en sont le parfait exemple.

En quelques mots, je dirais : « faites-vous plaisir et moquez-vous du qu’en-dira-t-on ! »

 

Un petit mot pour finir ?

Pour vos lecteurs je dirais que le meilleur moyen de progresser est d’aller parcourir les musées, les galeries d’art à la rencontre d’autres artistes, échanger d’autres opinions sur la pratique de l’art, et de ne pas se contenter de regarder des œuvres sur internet ou dans des revues, car la meilleure des expériences reste la confrontation directe, car sinon ils n’y verront qu’une image.

Merci Léo pour vos questions pertinentes, en espérant que mes réponses auront pu éclairer au moins l’un d’entre vous.

Merci beaucoup Thierry pour votre point de vue et votre sincérité.

 

Découvrez le travail de Thierry Chiapparelli sur son site : www.chiapparellithierry.com

 

Bon dessin à tous 😉

Léo.

Pour recevoir gratuitement 50 minutes de cours de dessin en vidéo + les news du blog, remplissez le formulaire ci-dessous.
















Comme vous je hais les spams. Votre email ne sera donc jamais communiqué à un tiers
Previous post

COMMENT DESSINER UN TIGRE EN QUELQUES TRAITS ?

Next post

5 COURS DE DESSIN GRATUITS POUR APPRENDRE À DESSINER LES ANIMAUX.

6 Comments

  1. Vincent A.
    5 janvier 2015 at 13 01 23 01231 — Répondre

    Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant. Un petit message pour indiquer que lien du site de M. Chiapparelli n’est pas rediriger correctement.
    Il faudrait mettre le lien avec http:// devant pour que cela fonctionne correctement.
    Bonne journée et pleins de beaux dessins pour cette nouvelle année.
    Vincent

    • 5 janvier 2015 at 13 01 32 01321 — Répondre

      Bonjour,
      Effectivement le lien n’était plus actif,c’est arrangé
      Merci et bonne année à vous Vincent.

  2. neolien james
    21 janvier 2015 at 15 03 32 01321 — Répondre

    Bonjour merci aussi pour cet article tres interessant j’aimerais avoir beaucoup plus de conseils comment dois-je dessiner surtout les portraits et comment faire les ombres,auto-d’ombre et lumiere d’un visage crayon et merci encore.

    • 22 janvier 2015 at 8 08 39 01391 — Répondre

      Bonjour et merci pour vos encouragements!! 😉 vous pouvez retrouver quelques tutos sur le site qui vous aideront sur les techniques d’ombrages. Jetez un œil à la rubrique portrait aussi.
      à bientôt.

  3. le yan
    25 janvier 2015 at 4 04 28 01281 — Répondre

    merci beaucoup pour le travail que vous vous donner a partager cette belle passion de l arts merci

    • 25 janvier 2015 at 9 09 10 01101 — Répondre

      Merci à vous de me suivre 😉

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *